L’histoire de sa gloire
[Steven Hawthorne]
La Bible raconte en substance une histoire dont Dieu est le thème central. Lorsque nous la considérons comme un livre qui servirait nos propres intérêts, nous finissons par nous ennuyer de ce qui nous semble dès lors un recueil de récits disparates. Et si la Bible portait plus sur Dieu que sur nous ? Quelle expérience passionnante que de découvrir que chaque élément des Saintes Écritures — les récits d’événements, les versets pleins de sagesse, les prophéties lyriques — converge en un axe : la saga d’une Personne digne d’attention ! Nous savons tous que la Bible porte sur des faits réels. Ces faits sont si réels qu’ils continuent de se dérouler à cet instant même. Il nous a toujours été dit que la Bible est une histoire d’amour. Mais nous avons tendance à ne voir qu’un côté de cet amour : combien Dieu aime les Hommes. Si le message principal de la Bible est qu’il faut aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, peut-être serait-il judicieux de lire toute l’histoire du point de vue de Dieu. Lorsque nous regardons tout cela du point de vue de Dieu, la grande histoire d’amour a finalement un sens : Dieu ne fait pas que nous aimer.
Il nous transforme pour faire de nous des personnes capables de l’aimer pleinement. Dieu attire l’être humain à lui pour qu’il devienne un adorateur qui choisit librement de lui rendre gloire par amour. On ne peut aimer Dieu que si on le connaît. C’est pourquoi l’histoire de la Bible est l’histoire de Dieu qui, en se révélant, s’attire obéissance, adoration et gloire de la part de toutes les nations. La Bible, au centre de laquelle se trouve l’amour passionnel de Dieu, est vraiment l’Histoire de sa gloire.
Concepts fondamentaux sur la gloire
Pour retracer l’histoire de Dieu telle que présentée par la Bible, nous avons besoin de comprendre trois notions, qui sont liées et qui définissent l’histoire à chaque étape : la gloire, le nom de Dieu et l’adoration. Ne soyez pas déroutés par le mot à consonance religieuse « gloire ». La gloire est la beauté relationnelle que chaque cœur désire contempler et expérimenter. Le mot « gloire » dans les Saintes Écritures fait référence au mérite, à la beauté et à la valeur intrinsèques de l’Homme, des choses créées et, bien sûr, du Créateur lui-même. Le mot hébreu traduit par « gloire » signifie en même temps poids, substance et, éclat ou beauté rayonnante. Glorifier quelqu’un, c’est reconnaître sa valeur et sa beauté intrinsèques, et en parler publiquement. Glorifier Dieu c’est le louer, parler de lui ouvertement et de façon véridique. La gloire est au cœur du véritable culte dans les Écritures : « toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant ta face, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. » (Ps 86.9). « …nous, qui rendons à Dieu notre culte par l’Esprit de Dieu, qui nous glorifions en Jésus-Christ… » (Phil 3.3). Le concept « gloire » renvoie également à l’honneur rendue ou accordé. Lorsqu’une personne est exaltée ou élevée en dignité, elle est, dans une certaine mesure, et au sens biblique du terme, glorifiée. Dieu est détenteur d’une si grande gloire qu’il accorde de bien grands honneurs à ses serviteurs humains sans jamais entamer le moins du monde sa propre majesté. Jésus a exposé cette habitude que nous avons de tirer la « gloire les uns des autres », sans pour autant « rechercher la gloire qui vient du seul et vrai Dieu » (Jean 5).
Le Nom de Dieu
Tout au long de l’histoire biblique, les auteurs utilisent le « nom de Dieu » comme une notion-clé. Afin de faire la distinction entre les fonctions de référence, de révélation et de réputation, il serait utile de classer les instances du « nom de Dieu » en trois catégories faciles à retenir : étiquettes, fenêtre et nom de renom.
Les « noms-étiquettes »
Tout d’abord, l’on distingue les noms par lesquels on désigne Dieu dans la Bible. Dieu n’est jamais anonyme dans son histoire. Il utilise de nombreux noms pour parler de lui-même. Parce que ces noms sont utilisés dans le but (fonction) de faire référence à Dieu, nous pouvons, pour les besoins de cet article, les libeller « les noms étiquettes » de Dieu, puisqu’une étiquette sert à distinguer et identifier quelque chose. Il est tout aussi vrai de se référer au Dieu des Saintes Écritures comme à « l’Éternel des armées » ou comme au « Dieu Tout-Puissant », au « Juge suprême » ou encore au « Roi de gloire ». Chacun de ces noms est vraiment celui de Dieu.
Les noms-fenêtre
Deuxièmement, Dieu est heureux de se révéler au travers de chacun de ses noms bibliques. La fonction est révélatrice. Par exemple, quiconque passe quelques minutes à méditer sur la phrase « L’Éternel est mon berger » aura une meilleure compréhension de la bonté attentionnée de Dieu.
Le Nom de renom
Le troisième usage du terme « le nom de Dieu » est le plus récurrent dans la Bible, même s’il est peu reconnu. « Le nom de Dieu » se réfère le plus souvent à sa notoriété. Je l’appelle le « nom de renom » de Dieu. Sa fonction est la réputation de Dieu. Le nom de Dieu est sa renommée mondiale. C’est la mémoire ouverte, basée sur des faits historiques, qui établit une réputation digne de confiance pour l’avenir. Le nom de Dieu est l’ensemble des vérités sur lui-même, vérités qu’Il a révélées et proclamées au fil de l’histoire de la Bible. Les Hébreux étaient non seulement censés chérir cette histoire, mais aussi, la raconter. Contrairement à ce qui se passe dans d’autres religions, la révélation divine n’a jamais été l’affaire secrète de quelques personnes. Ésaïe exhorte ainsi Israël : « Publiez ses œuvres parmi les peuples, rappelez la grandeur de son nom ! », afin que « son nom soit exalté » (Ésaïe 12.4) comme nous pouvons le voir, une grande partie de l’histoire de la Bible rapporte les actes que Dieu a posés afin que son nom soit glorifié de toutes les nations. Pourquoi Dieu veut-il être aussi bien connu ? Dieu désire bien plus qu’avoir une notoriété planétaire — il désire être adoré pour de vrai.
Dieu révèle la gloire afin de recevoir la gloire
La gloire de Dieu coule dans deux directions. La première est vers le monde. Il montre sa gloire aux quatre coins de la terre. Il révèle qui Il est et ce qu’Il a fait pour donner lieu à la seconde direction de la gloire, qui est que les gens puissent lui rendre gloire en l’adorant avec amour. Dieu révèle la gloire à toutes les nations de manière à recevoir d’eux la gloire à travers l’adoration. Le Psaume 96 montre les deux directions de la gloire. Dieu ordonne que sa gloire soit racontée parmi les nations aux versets 2 et 3 :
« Annoncez de jour en jour son salut ! Racontez parmi les nations sa gloire, Parmi tous les peuples ses merveilles ! »
Quelle magnifique évocation de l’évangélisation du monde ! Mais le psalmiste révèle en plus le but de l’évangélisation du monde en décrivant le second aspect de la gloire de Dieu : que les nations rendent en retour gloire à Dieu – versets 7 à 9 :
Familles des peuples, rendez à l’Eternel, Rendez à l’Eternel gloire et honneur ! Rendez à l’Eternel gloire pour son nom ! Apportez des offrandes, et entrez dans ses parvis ! Prosternez-vous devant l’Éternel avec des ornements sacrés. Tremblez devant lui, vous tous, habitants de la terre ! »
Le cœur de la mission est révélé dans cette étonnante économie de gloire : Dieu révèle sa gloire à toutes les nations afin de recevoir la gloire de toute sa création.
Un but qui transcende le salut
L’humanité est en effet sauvée par la proclamation du salut de Dieu au monde entier. Toutefois, la valeur ultime de ce salut ne doit pas être considérée en fonction de ce dont on est sont sauvé car c’est ce pourquoi on est sauvé qui importe réellement. L’on est sauvé pour servir Dieu dans sa gloire. De ce fait, nous pouvons constater que l’évangélisation du monde est faite pour Dieu. Peu importe à quel point nous avons été habitués à penser que l’humanité en était le centre de gravité, la Bible est claire : le mérite incommensurable de Dieu est le fondement de la mission. Examinez le Psaume 96.2-4 :
« Chantez à l’Éternel, bénissez son nom, annoncez de jour en jour son salut ! Racontez parmi les nations sa gloire, parmi tous les peuples ses merveilles ! »
Un argument au-delà de la suprématie de Dieu
L’argument de la mission semble assez simple : puisque Dieu est suprême, toute créature devrait se prosterner devant lui. Mais cela peut-il réellement être la logique qui sous-tend l’univers ? Nos cœurs ne s’en contenteraient pas. Il y a quelque chose de plus important. Les Écritures proclament la vérité selon laquelle Dieu est amour. Dieu demande aux êtres humains de l’aimer de tout leur être. Où donc se situerait l’amour de Dieu et le nôtre en retour dans cette logique ?
Un Dieu qui demande à être adoré juste parce qu’il est suprême ne semble pas être un Dieu très aimant. En fait, un tel Dieu ne semblerait même pas être digne d’admiration. L’intérêt marqué de Dieu pour la louange pourrait le faire passer pour quelqu’un qui souffre d’un complexe d’infériorité. Il serait stupide de considérer le fait que Dieu soit jaloux de son adoration comme une raison de l’assimiler à une divinité tribale, capricieuse et menacée par des dieux rivaux. Dieu ne se sent pas du tout menacé, mais profondément attristé par de faux cultes. Quand les gens adorent n’importe qui ou n’importe quoi, toute chose qui ne soit pas Dieu, ils deviennent comme ce qu’ils adorent.
Dieu a de meilleures intentions à l’endroit des humains. En quoi consiste donc le vrai culte ? Adorer Dieu, c’est reconnaitre qui Il est, montrer publiquement cette reconnaissance et nous approcher librement de lui, afin de lui témoigner face-à-face notre gratitude et au quotidien notre allégeance. L’adoration est une véritable interaction découlant d’une relation vivante avec Dieu. C’est pourquoi Dieu est toujours heureux que nous venions l’adorer avec une offrande. Il n’a jamais besoin de ces offrandes d’adoration. Mais l’offrande accompagne celui qui l’offre. C’est pour cette raison que les nations sont appelées à s’approcher de Dieu avec des offrandes, en symbole du fait qu’elles lui offrent le meilleur de ce qu’elles valent (Ps. 96.8 et plusieurs autres). Par leurs sacrifices et leurs dons, elles s’offrent elles-mêmes.
Un moyen de déverser pleinement son amour
Pourquoi Dieu désire-t-il autant l’adoration ? Pour deux raisons : la première est qu’Il prend plaisir à recevoir l’amour sincère émanant d’une adoration authentique. Mais ce n’est pas tout : la deuxième raison est qu’en attirant les Hommes dans une adoration véritable, Dieu est en mesure de déverser pleinement son amour sur eux. Vous pouvez le constater dans le Psaume 96.6 :
« La splendeur et la majesté sont devant lui ; la force et la beauté sont dans son sanctuaire. » (Version Ostervald)
Les termes « splendeur » et « majesté » ne se réfèrent pas à l’expérience de Dieu lui-même. Plutôt, avec « la force et la beauté (le passage parallèle dans 1 Chr.16.27 parle de « joie »), ils constituent des signes de la présence de Dieu que doivent expérimenter ceux qui communient avec lui à travers une véritable adoration. Rien n’est plus splendide ou majestueux pour des humains que le fait d’être élevé et placé dans la magnifique et époustouflante majesté de la présence royale de Dieu. L’adoration est le moyen par lequel les humains glorifient Dieu. Lorsqu’on regarde du point de vue de Dieu, on peut voir que l’adoration est aussi la façon qu’a Dieu de glorifier les humains — au plein sens du terme, c’est-à-dire les élever en leur accordant le plus grand honneur qu’ils puissent recevoir. L’adoration permet à l’amour de Dieu de s’exprimer pleinement. Dieu aime tellement les hommes qu’il désire, les exalter à un niveau encore plus élevé que la grandeur ; Il veut les introduire dans l’honneur de la proximité d’avec lui. Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. (1 Cor 2.9). Peut-être Jean a-t-il aperçu cette « splendeur et majesté » dans Apocalypse 5.1-14 lorsqu’il a entendu toutes les myriades célestes élever leurs voix en louange à Dieu pour avoir racheté les hommes de toutes tribus et langues. Pourquoi Dieu a-t-il racheté des Hommes aussi ignobles au prix du précieux sang de son Fils ? En outre, pourquoi veiller à en racheter de chaque ethnie, sans exception ? Quelle est la valeur de ces ceux-ci ? Leur valeur, précieuse, est la suivante : ils seront ses prêtres. Des représentants de chaque peuple lui offriront volontiers les honneurs distinctifs et les gloires rachetées de leurs peuples respectifs. Chacun de ces peuples a une valeur éternelle à cause du sang de Christ. Chacun de ces peuples a une place qui lui est assignée devant lui. Dieu a investi toute la force de son cœur pour les y amener. Cela doit absolument arriver. La passion de cet amour non réciproque de Dieu pour chaque peuple est le cœur même de toute véritable initiative missionnaire.
La Bible en tant que l’Histoire de Dieu
La Bible est l’étonnant récit de l’amour de Dieu attirant les nations à l’adorer. Rappelez-vous ce postulat de base : Dieu révèle sa gloire à tous les peuples afin de recevoir la gloire de toute la création. Cette double acception de la gloire peut aider à comprendre ce qui peut, de prime abord, ressembler à un recueil de vielles légendes.
Abraham
À son arrivée sur la terre promise, Abraham ne s’est pas illustré comme un brillant missionnaire, quoiqu’on puisse lui reconnaitre ce rôle. On ne s’en souvient pas de toutes manières comme un grand évangéliste. En effet, en disgrâce, il a été chassé d’Égypte (Genèse 12 : 10-20). La peur de ses voisins l’a poussé à mentir au sujet de sa famille. Le raisonnement d’Abraham, lorsqu’il décide de mentir sur l’identité de sa femme, ne traduit en rien la conviction d’un évangéliste que les cœurs peuvent changer : « Je me disais qu’il n’y avait sans doute aucune crainte de Dieu dans ce pays » (Gn 20:11). Mais malgré toutes ses faiblesses, une fois arrivé dans le nouveau pays, il a posé l’acte le plus missionnaire qu’il aurait pu faire : son premier acte a été d’instaurer un culte public et continu à Dieu. « Il bâtit encore là un autel à l’Éternel, et il invoqua le nom du Seigneur. » (Gn 12 : 7-8). Sa famille a peut-être été seule à se prosterner devant cet autel, il n’en demeure pas moins que Dieu était clairement et publiquement adoré et invoqué par son nom. Béni pour être une bénédiction, Abraham a sauvé certains de ses puissants voisins d’une coalition de nations pilleuses (Gn 14). Après une victoire miraculeuse, Abraham a refusé la récompense exceptionnelle que lui proposait le roi de Sodome. S’il acceptait ce présent, il savait qu’à partir de cet instant-là, lui et sa famille seraient considérés comme les protégés de cette ville. À la place, il a choisi de garder devant les nations sa place d’élu de Dieu.
Au vu et au su des nations, Abraham a résolument nommé Dieu comme celui qui le récompenserait et le bénirait. Ses mots pleins d’audace (Gn 14 : 21-24) sont appuyés par le présent qu’Abraham a offert à Dieu. Abraham a porté à Dieu la richesse de Sodome ainsi que celle d’autres nations. Il a aidé les nations étrangères à donner une dîme à Dieu, un acte officiel d’adoration (Gn 14 : 18-20). Avec Melchisédek comme grand-prêtre, Abraham a fait office de sacrificateur en offrant des sacrifices d’adoration au nom d’autres nations. Abraham a été béni afin d’être une bénédiction pour les nations (Gn 12 : 1-3). Mais le but va au-delà de la bénédiction des nations. Dieu lui-même est béni ! Melchisédech a reconnu publiquement qu’Abraham était béni de Dieu. Par le pouvoir de Dieu, Abraham a été une bénédiction pour ses voisins en affranchissant des familles et en leur restituant leurs biens. Mais le grand résultat fut le suivant : Dieu lui-même a été béni par des louanges ! Écoutez Melchisédech : « Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut… Béni soit le Dieu Très-Haut, » (Gn 14:18-20). Qu’apprenons-nous de cette série d’événements ? Abraham a fait connaitre le nom de Dieu en l’adorant continuellement. Dieu a élevé son nom parmi les peuples par son spectaculaire pouvoir de rédemption. Le résultat a été que plusieurs nations se sont rassemblées pour exprimer leur reconnaissance et leur respect à travers une adoration explicite à Dieu.
Objectif général confirmé par l’obéissance dans l’adoration
Le moment le plus éprouvant et crucial de la vie d’Abraham était un moment d’adoration (Gn 22). Dieu a demandé à Abraham de lui offrir son fils Isaac en signe d’adoration. C’était une épreuve qui annonçait le projet de Dieu pour Abraham et sa famille. Dieu allait-il trouver en Abraham une obéissance, une passion sacerdotale pour lui (littéralement, « la crainte de Dieu », Gn 22.12) ? Abraham allait-il faire preuve de zèle pour offrir à Dieu l’adoration qu’Il désirait ? Si tel était le cas, Dieu trouverait en lui le type de foi qu’Il désirait multiplier parmi les nations. Vous connaissez l’histoire. Juste au moment où Abraham a répondu au désir de Dieu, ce dernier, depuis les cieux, a fait un serment solennel, exprimant avec force son désir de bénir tous les peuples de la terre au travers de la famille d’Abraham (Gn 22.18).
L’Exode
Dieu a fait bien plus pour son nom que le simple fait de recevoir l’adoration d’Abraham. Dans Exode, Dieu s’est fait connaitre de toute la terre. De prime abord, le livre d’Exode ne semble pas relater un grand événement missionnaire. L’on y apprend que des milliers d’Égyptiens ont perdu la vie, ce qui plongea chaque maison égyptienne dans le deuil. Qu’est-ce que Dieu était en train de faire ? Le passage clé se trouve dans Exode 9.13-16, passage dans lequel Moïse donne un ultimatum au Pharaon, lui révélant son objectif en des termes :
« Ainsi parle l’Eternel, le Dieu des Hébreux : laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve. Car, cette fois, je vais envoyer toutes mes plaies contre ton cœur, contre tes serviteurs et contre ton peuple, afin que tu saches que nul n’est semblable à moi sur toute la terre. Si j’avais étendu ma main, et que je t’eusse frappé par la mortalité, toi et ton peuple, tu aurais disparu de la terre. Mais, je t’ai laissé subsister, afin que tu voies ma puissance, et que l’on publie mon nom par toute la terre. »
Rappelez-vous que Dieu n’a pas simplement dit: « laisse aller mon peuple ! » – ce n’est là qu’une moitié de la phrase. L’autre moitié en précise la raison. Prêtez attention au cri du salut jusqu’au bout : « Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve. » (Ex 8.1, 20, 9.1, 13, 10.3) Pharaon a bien compris la demande de Moïse, qui était que son peuple soit libéré afin d’adorer Dieu. Pharaon a probablement pensé que la demande d’un congé d’adoration cachait un plan d’évasion. Beaucoup d’Hébreux ont sans doute commis la même erreur. Combien d’entre eux ont dû croire que la volonté de Dieu d’être adoré dans le désert n’était qu’une ruse vivant à tromper les autorités ? L’on comprend sans surprise la raison pour laquelle ils sont restés, pour la plupart, focalisés sur des questions de confort, de régime alimentaire, de sécurité et de divertissement. Ils ont été lents à comprendre que dans leur exode, Dieu avait un intérêt qui lui était propre, son image auprès des nations. Ils avaient considéré le salut d’un point de vue égocentrique : ils pensaient sérieusement que leur salut était l’objectif premier de Dieu. Pourtant, Dieu avait conçu un plan de grande envergure pour s’attirer l’attention de plusieurs nations.
Dieu fait connaitre son nom à l’échelle mondiale
Dieu se démarquait de tous les dieux de la terre. Il se faisait « une réputation éternelle » par l’Exode (És. 63.11-14 et Né. 9.9-10). Il voulait que tout le monde en Égypte et ailleurs, sache qu’il n’y avait absolument aucun dieu pareil au seul Dieu vivant. Il voulait que le monde regarde une foule d’esclaves en procession pour l’adorer. Dieu (le Dieu absolument saint, pas juste plus saint que les autres) s’est fait une réputation comme nulle autre divinité jamais imaginée par l’Homme : celle d’un Dieu magnifique, tout-puissant et resplendissant. L’Exode deviendrait un point de repère de son caractère pour toute révélation ultérieure au monde de son caractère, de sa sainteté et de son pouvoir.
Comment le chaos en Égypte a-t-il révélé le Dieu éternel ?
En constituant un jugement à l’encontre des dieux d’Égypte.
Certains érudits ont noté que chacune des plaies ayant frappé l’Égypte visait soit les faux dieux d’Égypte, soit les structures animées de puissances oppressantes et vénérées avec zèle. Certaines divinités égyptiennes, telles que le fleuve Nil ou le grand dieu soleil, ont été couvertes de honte grâce aux plaies de l’eau changée en sang et de l’obscurité. D’autres divinités ont été indirectement mises à nue par certaines plaies qui ont démontré leur incapacité totale d’accomplir ce qu’elles étaient censées faire. En effet, certains de ces dieux étaient vénérés, car considérés capables de mettre fin aux invasions d’insectes ou de protéger le bétail de maladies. La puissante élite religieuse était couverte d’opprobre. L’armée, profondément respectée, était anéantie. Pourquoi Dieu a-t-il ainsi humilié l’Égypte aux yeux du monde ?
« J’exercerai des jugements contre tous les dieux de l’Égypte. » (Ex 12.12). Le but de Dieu n’était pas de détruire un peuple, mais d’anéantir l’un des plus importants bastions de faux dieux sur la terre. S’il voulait détruire le peuple d’Égypte, il aurait pu le faire rapidement : « Si j’avais étendu ma main, et que je t’eusse frappé par la mortalité, toi et ton peuple, tu aurais disparu de la terre. Mais, je t’ai laissé subsister, afin que tu voies ma puissance, et que l’on publie mon nom par toute la terre. » (Ex 9.15-16).
Les nations prêtent attention
Le plan a-t-il fonctionné ? Le monde a-t-il remarqué que Dieu glorifiait son nom ? Les plaies qui nous sont rapportés dans l’Exode n’ont pas fait la une des hiéroglyphes égyptiens, mais il faut savoir que les événements qui ternissaient l’image de l’Égypte n’étaient jamais gravés dans la pierre.
La Bible rapporte que les vagues de la mer Rouge ne s’étaient même pas encore remis en place que Moïse conduisit le peuple dans la louange : « L’Eternel est son nom… Qui est comme toi parmi les dieux, ô Éternel ? Qui est comme toi magnifique en sainteté ? » Ensuite, ils se mirent à énumérer quelques-unes des nations environnantes, en précisant clairement : « les peuples l’apprennent, et ils tremblent… » (Ex 15.3, 7,15).
Par alliance, Jéthro était un parent de Moïse ; pour autant, il n’était pas devenu moins païen. Il avait certainement entendu parler du Dieu des Hébreux pendant toutes les années passées avec Moise. De nombreux peuples et villes avaient-ils peut-être déjà entendu parler de ce grand Dieu sans lui faire confiance ou l’adorer. Mais écoutez ce que dit Jéthro après l’épisode des plaies en Égypte : « Je reconnais maintenant que l’éternel est plus grand que tous les dieux ; car la méchanceté des Égyptiens est retombée sur eux. » (Ex 18.11). En sa qualité de grand prêtre d’un peuple étranger pour Israël, Jéthro était plutôt bien qualifié pour apprécier des sujets d’ordre religieux.
La lecture que nous faisons aujourd’hui de l’histoire de Moïse face à l’Égypte pourrait donner l’impression que l’Égypte n’était qu’un de ces empires cruels et esclavagistes. Du temps de Moïse, l’Égypte était connue de tous comme une superpuissance à la fois religieuse, économique et militaire, à la structure complexe et inextricablement mêlée à des puissances spirituelles. Dieu a fait la lumière sur ce système pour le montrer tel qu’il était au fond : un système horrible et diabolique conçu pour détourner de Dieu les êtres humains censés l’adorer. Dieu avait béni l’Égypte, mais l’Égypte s’était elle-même faite ennemie de Dieu. Les « jugements » de Dieu, en l’occurrence, les plaies et l’événement de la Mer rouge (Ex 12, 12) ne doivent pas être perçus comme un simple châtiment pour de mauvaises actions. L’intervention divine avait pour but de mettre fin à l’oppression des forces du mal afin de libérer son peuple. Pourquoi ont-ils été libérés ? « Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve. » Dieu a orchestré les événements de l’Exode pour que soit révélée sa gloire et que se répande sa renommée dans le monde entier. Ensuite, prenant le monde à témoin, Il a attiré son peuple à lui-même, établissant ainsi un moyen par lequel toutes les nations pourraient l’adorer.
La Conquête
Dans le même ordre d’idées, la conquête de Canaan doit être perçue comme un moyen par lequel Dieu conquiert pour lui-même un peuple unique et saint qui l’adore. Pour ce peuple et au moyen de leur témoignage, Il amènera tous les autres peuples à le connaître et le vénérer.
Juste récompense
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, la conquête de Canaan peut, à première vue, ressembler davantage à un accaparement de terres génocidaire qu’à une œuvre d’un Dieu bon et aimant. Mais un regard plus attentif sur les passages pertinents de l’Écriture sur le sujet montre que Dieu a ordonné la conquête de Canaan dans un double objectif. D’une part, Dieu appliquait simplement la juste rétribution pour la « méchanceté » des peuples qui occupaient ce territoire (Dt. 9.5). Bien avant la conquête, ce Dieu avait dit à Abraham : « l’iniquité des Amoréens n’est pas encore à son comble. » (Gn 15.16). Dieu avait laissé au péché le temps de suivre son cours complet. Nous nous demandons sans doute comment les Cananéens avaient perçu cette colère de Dieu. Les seuls propos recueillis de la bouche d’un cananéen au sujet de la conquête sont ceux d’un roi qui a reconnu la juste application de la justice divine : « Dieu me rend ce que j’ai fait. » (Jg. 1, 7).
Abolition de cultes de faux dieux
D’autre part, la seconde et principale raison de la férocité de la conquête des Hébreux est la suivante : Dieu détruisait des systèmes de fausses croyances pour préserver la dévotion singulière de son peuple et la sainteté de son nom. La quasi-totalité des passages exposant les raisons de l’expulsion des peuples qui occupaient la terre promise fait état de cette raison : le culte cananéen « détournerait de moi tes fils, qui serviraient d’autres dieux » (Dt. 4.15-24, 6.13-15, 7.1-8, et al.).
Josué et Moïse ont tous deux révélé le même dessein divin justifiant une conquête aussi violente : au fond, elle visait à abolir des cultes de fausses divinités. Dieu avait ordonné cette destruction pour qu’Israël « ne fasse pas mention du nom de leurs dieux, …et que vous ne vous prosterniez pas devant eux. » Jos. 23.7). Bien qu’il y ait des difficultés à totalement comprendre cette partie de l’histoire du peuple de Dieu, une vérité sur la conquête reste claire : la finalité en était l’adoration authentique. L’objectif de Dieu n’était pas qu’Israël soit seul à l’adorer. Plutôt, Il voulait s’assurer d’être le seul Dieu qu’ils adoraient.
L’idolâtrie aurait profané son nom
Aujourd’hui, l’idolâtrie ne semble pas représenter une menace quelconque pour la plupart des croyants. Les quatre premiers commandements du décalogue peuvent nous laisser perplexes ou même nous ennuyer. Pourquoi Dieu avait-il autant en horreur l’idolâtrie ? Sans réellement comprendre l’acception divine de la gloire et les desseins de Dieu à ce sujet, il peut sembler excessif que Dieu fasse preuve d’une telle sévérité à l’endroit d’une vilaine coutume primitive. Mais considérez l’idolâtrie du point de vue de Dieu. Dieu avait distingué son nom en l’élevant loin au-dessus de tout autre. Commettre une quelconque idolâtrie serait, en effet, profaner (rabaisser et désacraliser) le nom de Dieu, ce même nom que Dieu avait autant singularisé et dont la renommée s’était répandue dans le monde. Examinez de plus près la conquête. L’invasion n’a pas été diligentée parce qu’Israël méritait mieux la patrie d’un autre peuple. Dieu a clairement dit aux Israélites qu’ils n’étaient ni spéciaux ni favorisés en raison de leur droiture intrinsèque ou de leur grande noblesse (Dt. 7.6-7). Il a été dit et redit maintes fois au peuple d’Israël que Dieu le détruirait de la même manière s’il se détournait de lui au profit d’autres dieux.
En témoigne l’histoire, le peuple hébreu a plusieurs fois frôlé la destruction. Pourquoi ? Dieu ne les avait-t-il pas spécialement aimés et sauvés ? Autant Dieu avait promis d’aimer de façon particulière les descendants d’Abraham, autant Il était résolu à travailler à sa gloire. Dieu n’était pas hostile à l’idée de prendre du retard et attendre une autre génération. À chaque fois, l’enjeu était l’adoration de Dieu par le peuple et le témoignage de ce dernier à sa gloire.
Un événement illustre clairement ce dessein permanent de Dieu : la rébellion à Kadesh-Barnea. Le peuple d’Israël avait suivi Dieu par la voie qu’Il lui avait divinement ouverte et était parvenu au seuil de l’accomplissement des desseins de Dieu. Des espions furent envoyés pour explorer les terres et le peuple. Dix d’entre eux en firent un rapport qui terrifia tout le peuple, déclenchant l’hystérie généralisée et un mouvement de rébellion dans un élan d’autoprotection (Nombres 13.17-14 .10). Dieu était prêt à détruire le peuple entier et recommencer avec Moïse, en suscitant à partir de lui un autre peuple « plus grand et plus puissant » que les Hébreux. Ce n’est pas que le peuple d’Israël avait commis un péché tellement grave que Dieu en fut pris d’une colère fatale contre lui. Dieu avait simplement besoin d’une nation qui serait au moins en mesure de lui faire confiance pour qu’Il puisse accomplir ses desseins.
Moïse a donc eu, pour ainsi le dire, à argumenter avec Dieu, en insistant comme précédemment (Ex 32.1-14) sur le fait que les nations les observaient. Elles avaient connu une certaine réputation de Dieu qui serait contredite si ce dernier mettait à exécution ce qu’Il se proposait de faire sur le coup : « Si tu fais mourir ce peuple comme un seul homme, les nations qui ont entendu parler de toi (littéralement, « de ton nom ») diront : « L’Eternel n’avait pas le pouvoir de mener ce peuple au pays…» Moïse bat en brèche la proposition de Dieu, faisant valoir le fait que les nations en concluraient que le Dieu des Hébreux est faible — Il serait toujours le commencement et jamais la fin dans ce cas (No.14.15-16).
Alors Moïse demande à Dieu de se magnifier selon les termes en lesquels Il avait Lui-même résumé son nom : « L’Éternel est lent à la colère et riche en bonté, il pardonne l’iniquité et la rébellion… » Après un long silence, Dieu déclara avoir pardonné Israël comme Moise le lui avait demandé. Puis, Dieu haussa le ton pour faire cette déclaration, à mon avis, des plus solennelles :
« Mais, je suis vivant ! et la gloire de l’Éternel remplira toute la Terre. » (Nombres 14.17-21). Que disait Dieu ? Qu’il continuerait à utiliser la même nation, mais attendrait une autre génération. Bien que prenant du retard, Il restait éternellement résolu à accomplir son dessein sur la terre : remplir la terre de « la gloire de l’Éternel ». Pour accomplir ce dessein, Il avait besoin d’un peuple qui lui soit obéissant, qui l’adore et témoigne de lui.
Le Temple
Le temple est probablement mentionné pour la première fois sur les plaines de Moab, avant que Josué ne conduise le peuple à la terre promise. Moïse communique au peuple des directives de Dieu, celles de détruire « tous les lieux où les nations… servent leurs dieux ». Au lieu de récupérer l’un des anciens lieux de culte, ces sanctuaires devaient être complètement démolis pour faire « disparaître leurs noms de ces lieux-là ». En effet, le nom de Dieu ne doit jamais être confondu à celui d’une quelconque autre divinité. À la place, un lieu nouveau et spécial devrait être construit, « pour y faire résider son nom » (Dt 12.2-14, en particulier le verset 5).
Remarquez en quels termes Dieu définit le but du temple : « y faire résider son nom » Dieu voulait faire deux choses dans ce lieu spécial. Tout d’abord, il voulait se révéler par « son nom ». Ce serait un lieu de révélation où ceux qui l’adorent exalteraient continuellement son nom, raconteraient et chanteraient ses œuvres. Deuxièmement, Dieu désirait un lieu de rencontre, de communion, où il pourrait résider. Dès la première mention d’un tabernacle, Dieu avait exprimé son désir de jouir d’une grande proximité d’avec son peuple en demeurant au milieu de lui : « j’habiterai au milieu d’eux. » (Ex 25.8). Le verbe habiter évoque une relation. Il s’agit d’un culte de communion. Dieu s’approchant de son peuple comme celui-ci s’approche de lui. Salomon savait que le temple n’était pas le domicile de Dieu. Lors de la dédicace du splendide édifice, il fit cette prière : « Mais quoi ! Dieu habiterait-il véritablement avec l’homme sur la terre ? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir : combien moins cette maison que j’ai bâtie ! » (2 Chr. 6. 18).
David avait conçu le temple comme le lieu où l’on viendrait rencontrer Dieu et le louer. Salomon y installa les chantres et les prêtres-musiciens tel que son père l’avait prévu. Ces chantres devaient continuellement « louer et glorifier le Seigneur » au moyen de certains des cantiques de David, y compris, sans doute, l’hymne de dédicace de David présenté dans 1 Chroniques 16. 23-33 (une reprise du Ps. 96 développé plus haut), qui invite explicitement toutes « les familles des peuples » à adorer Dieu (v. 28).
Selon la prière de Salomon, la maison du Seigneur doit être un lieu où Dieu rencontre, écoute et répond à son peuple. Mais cette maison n’était pas juste pour Israël. Salomon fait une mention spéciale des « peuples ». Il savait que pour Dieu, le but du temple était d’accueillir toutes les nations pour l’adorer. Salomon connaissait l’histoire jusque-là. Dieu s’était rendu très célèbre. Les autres nations chercheraient à connaître personnellement le Dieu d’Israël. Écoutez la prière étonnante de Salomon : « Quand l’étranger, qui n’est pas de ton peuple d’Israël, viendra d’un pays lointain, à cause de ton grand nom, de ta main forte et de ton bras étendu, quand il viendra prier dans cette maison, exauce-le des cieux, du lieu de ta demeure, et accorde à cet étranger tout ce qu’il te demandera, afin que tous les peuples de la terre connaissent ton nom et te craignent, comme ton peuple d’Israël, et sachent que ton nom est invoqué sur cette maison que j’ai bâtie ! « 1 Rois 8.41-43).
Salomon n’a pas prié pour que seulement quelques personnes viennent, mais bien pour que de nombreuses personnes issues de tous les peuples viennent au temple. Salomon pria pour que les nations rencontrent Dieu et qu’elles viennent dans son temple le prier et l’adorer. Il n’a pas demandé que les païens connaissent Dieu selon leurs propres manières païennes, mais plutôt qu’ils connaissent Dieu comme Israël le connaissait. Salomon envisageait que tous les peuples se joignent à Israël pour jouir ensemble de la même expérience de marche avec Dieu, dans l’humilité, la joie et l’adoration, c’est-à-dire dans « la crainte du Seigneur ».
Les nations commencent à venir
La renommée de Dieu s’est-elle répandue dans le monde entier ? Les étrangers se sont-ils rendus à la maison du Seigneur et ont-ils cultivé la crainte de Dieu ?
Dieu a-t-il exaucé la prière de Salomon ? La meilleure réponse à ces questions est tout aussi bien « oui » que « non ». Les Écritures montrent que peu de temps après la fin des travaux du temple (1 Rois 9.25), la Reine de Saba « apprit la renommée que possédait Salomon, à la gloire de l’Éternel » (1 R. 10.1, je souligne ce segment en particulier). Elle est venue apprendre, elle a écouté la sagesse de Salomon (v. 8) et est repartie avec une certaine connaissance du Dieu qui garde l’alliance, ce Dieu qui « aime Israël pour toujours ». Comme seul le pourrait un haut dignitaire, elle a réalisé que Dieu lui-même avait donné pouvoir à Salomon, et a formulé le vœu que sous ce règne divin prospèrent le droit et la justice (V. 9).
Était-ce un fait isolé ? Apparemment non. Quelques versets plus loin, il est dit : « Et toute la terre recherchait la face de Salomon, pour entendre la sagesse que Dieu lui avait mise dans le cœur. » (v. 24). Le monde n’a pas reconnu Salomon parce qu’il était intelligent ou stratège en affaires judiciaires. Le monde a reconnu que Dieu lui-même avait mis la sagesse dans le cœur de cet homme. Et quelle a été la première leçon de sagesse que Salomon enseigna au monde ? « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse » (Prov. 1.7 ; 9.10). Salomon introduisait ainsi le monde à l’adoration de Dieu, tout en enseignant en quoi consistait une vie de sagesse dans la soumission à Dieu.
La volonté de Dieu s’était apparemment accomplie. Son renommée était grande. Israël avait tellement fait connaitre Son nom que les nations venaient découvrir personnellement ce Dieu. Qu’est-ce qui aurait bien pu ralentir ce plan de Dieu en cours d’accomplissement, celui d’attirer les nations à lui ? Une seule chose. Il s’agissait de ce problème contre lequel Dieu a maintes fois mis en garde son peuple : l’idolâtrie.
Et de toutes les horreurs possibles, c’est peut-être la pire qui s’est produite : Salomon lui-même a ouvert la voie à une idolâtrie grotesque. C’est l’une des ironies les plus amères de l’histoire. Imaginez les espoirs immenses, les richesses et les désirs des nations se tournant vers Israël. Salomon avait consacré le temple lors d’un spectacle d’une gloire inouïe. Il avait clôturé cet événement en assignant un but au bâtiment et à la nation en guise de bénédiction : « afin que tous les peuples de la terre connaissent que c’est l’Éternel qui est Dieu, qu’il n’y en a point d’autre » (1 R. 8.60).
Et puis, juste trois chapitres après que les portes aient été ainsi grandement ouvertes aux nations, afin qu’elles connaissent et craignent le nom du seul vrai Dieu, le cœur de Salomon s’est détourné vers d’autres dieux. En effet, il leur a construit des haut-lieux à portée de vue de la sainte montagne de Dieu (1 R. 11.1-8). Un croyant, lisant ces versets, pourrait-il s’empêcher d’en éprouver une profonde déception, voire de la nausée ? Il est difficile de ne pas spéculer sur ce qui aurait pu arriver si le culte était resté pur et stable sur au moins une génération de plus.
La persévérance de Dieu
Le plan de Dieu était simple : Dieu voulait élever son nom pour qu’ensuite Israël puisse le faire connaitre. Il a toujours eu l’intention de distinguer son nom du milieu de tous les autres dieux, puis d’accueillir les nations venues personnellement l’adorer en vertu de la révélation de ce nom par le témoignage du peuple d’Israël. Vue sous cet angle, l’histoire prend la forme d’un combat sans cesse prolongé contre l’idolâtrie, avec ses péripéties et ses rebondissements.
Dans plusieurs épisodes, l’on observe un regain de fidélité à l’égard de Dieu et son adoration, mais elles sont suivies de surprenantes rechutes dans la profanation du nom de Dieu. L’enjeu le plus élevé au fil de ces générations est la gloire de Dieu au moyen de son adoration par Israël. Parfois, le peuple se détournait tellement du culte à Dieu que des générations entières passaient sans accorder la moindre considération aux rituels par lesquelles Dieu invitait Israël à entrer en communion avec lui (les ordonnances au sujet du culte contenues dans les livres de Moise). Les paroles de certains prophètes révèlent que même lorsque les rituels du culte étaient observés, ils ne l’étaient que superficiellement. Les prophètes ont dénoncé la pratique d’un culte purement formel et cruellement dénué de la justice et la bienveillance qui devrait sous-tendre chaque offrande et prière faite à Dieu (És 1.11-15, Amos 5.21-24, Mi 6.6-8). Bien que Dieu ait retardé la grande tribulation d’Israël et de Juda, il les a finalement retirés de la terre qui était censée représenter la bénédiction de Dieu. Ils furent exilés vers des pays lointains. Et puis, la tragédie finale : la maison de Dieu a été brûlée et réduite en cendre.
Vers la fin de l’exil, Daniel a crié à Dieu pour lui rappeler la promesse qu’il avait faite de restaurer le temple et son peuple. Daniel connaissait de bout en bout la saga. Il savait comment Dieu, par sa main puissante, avait sorti son peuple d’Égypte et s’était… « ainsi fait la réputation qui est la tienne aujourd’hui » (Dan 9.15, S21). La principale inquiétude de Daniel était que les ruines du temple de Jérusalem constituent une ombre continue à la gloire de Dieu ; à « tous ceux qui nous entourent ». Il a prié que Dieu rétablisse le peuple et la Ville afin que soit restaurée la gloire de son nom. Daniel n’a pas fondé sa demande sur la grandeur supposée d’Israël, mais a demandé que cela soit fait « par amour pour toi, mon Dieu ! En effet, ton nom est associé à ta ville et à ton peuple. » (Dan. 9.16-19, ibid.).
Ezékiel, un contemporain proche de Daniel, lui emboite le pas. Dans sa colère, Dieu s’était retenu plusieurs fois de détruire Israël, mais il l’avait fait à cause de son nom (Ez. 20.5-22). La relation que Dieu entretenait avec Israël n’était pas du fait d’un favoritisme malsain, mais uniquement pour sa gloire parmi les nations :
« Ainsi, parle le seigneur, l’Eternel : Je n’agis pas de la sorte à cause de vous, maison d’Israël, mais à cause de mon saint nom, que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand nom, qui a été profané parmi les nations, que vous avez profané au milieu d’elles ; et les nations sauront que je suis l’Éternel. » (Ez. 36:22-23)
Le destin d’Israël : que toutes les nations donnent gloire à Dieu
Daniel et Ezékiel ne furent pas les seuls prophètes à avoir compris que le point de convergence de l’histoire d’Israël était le nom et la gloire de Dieu. D’autres prophètes et psalmistes ont également abordé l’histoire et la destinée d’Israël dans l’optique du dessein final d’attirer les nations à Dieu, de sorte qu’elles le connaissent nommément et l’adorent en lui rendant gloire dans toute la richesse de leur diversité.
« Poussez vers Dieu des cris de joie, Vous tous, habitants de la terre ! Chantez la gloire de son nom, Célébrez sa gloire par vos louanges ! Dites à Dieu : Que tes œuvres sont redoutables ! A cause de la grandeur de ta force, tes ennemis te flattent. Toute la terre se prosterne devant toi et chante en ton honneur ; Elle chante ton nom. » (Ps 66.1-4).
« Tous les rois de la terre te loueront, ô Eternel ! En entendant les paroles de ta bouche ; Ils célébreront les voies de l’Eternel, Car la gloire de l’Eternel est grande. » (Ps 138.4-5).
« Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » (Hab 2.14).
« Alors je donnerai aux peuples des lèvres pures afin qu’ils fassent tous appel au nom de l’Éternel pour le servir d’un commun accord. Venus de plus loin que les fleuves d’Éthiopie, mes adorateurs, ceux que j’ai dispersés, m’apporteront des offrandes. » (Soph 3.9-10).
« En effet, du soleil levant au soleil couchant, mon nom est grand parmi les nations, et partout, on fait brûler de l’encens en l’honneur de mon nom, on présente des offrandes pures. Oui, mon nom est grand parmi les nations » (Mal 1.11, S21).
Ceci n’est qu’un échantillon de la panoplie de paroles prophétiques rattachant l’identité d’Israël à l’accomplissement des desseins de Dieu : la révélation de la gloire de Dieu sur la terre, lui attirant l’adoration de tous les peuples. Une fois de retour dans la terre promise, le peuple de Dieu devait faire de la reconstruction du temple la priorité absolue. Aggée a précisé que ce temple serait pour la gloire de Dieu et pour une gloire plus grande que la précédente. « Je ferai trembler toutes les nations ; les trésors de toutes les nations afflueront, et je remplirai de gloire ce temple. » (Aggée 1:8, 2 :7, S21). Après le retour de l’exil, le peuple d’Israël se gardait désormais de sombrer dans l’idolâtrie. Toutefois, la nation ne connut plus la moindre gloire espérée. Elle attendait que le Messie vienne la libérer de l’oppresseur, mais l’a presque manqué à son arrivée parce que la vision rédemptrice de Jésus était axée sur l’avènement du royaume de Dieu parmi tous les peuples.
La gloire de Dieu en Christ
Le Christ est le crescendo de l’histoire de la gloire divine. À la fin de toutes choses, il aura racheté et ramené des gens de toute tribu et de toute langue au Père pour qu’ils l’honorent. Il n’est donc pas surprenant de voir que chacune de ses actions visait à amener à son parfait accomplissement l’histoire de la gloire de Dieu pour toutes les nations. Jésus a résumé le bilan de son ministère en termes de la gloire rendue à son Père : « Je t’ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire… » Quelle était cette œuvre ? « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. » (Jean 17.4, 6).
Sanctifie ton nom
La prière que Jésus a enseignée à ses disciples peut être facilement mal comprise à cause de la traduction française obsolète, « Que ton nom soit sanctifié. » Cette prière n’est pas une louange. Dans la langue d’origine, il s’agit plutôt d’une demande explicite : « Père… sanctifie ton nom ! »
Elle peut être ainsi paraphrasée : « Père, élève, distingue, exalte, manifeste et révèle ton nom aux peuples de la terre. Deviens populairement connu selon ta véritable nature. Amène les peuples de la terre à te connaitre et t’adorer ! »
Cette prière prend son plein sens à une dimension universelle, comme Jésus nous l’a enseigné : « sur la terre comme au ciel ». Le caractère primordial de cette prière pour tous les croyants n’est plus à démontrer. Elle doit dès lors être bien comprise, car il ne fait aucun doute que Jésus, par elle, enseigne à l’Église comment elle doit prier pour l’accomplissement des desseins éternels, révélés dans
la loi, les livres historiques, les livres poétiques et les livres prophétiques d’Israël, en vue de la gloire de Dieu.
Dans une rencontre révélatrice avec la Samaritaine non juive, Jésus a annoncé le futur que Dieu dessinait pour elle et les autres nations non juives : « Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car ce sont là les adorateurs que le Père demande… » (Jean 4.23).
Une maison d’adoration pour tous les peuples
À l’heure de souffrir sa passion, Jésus a posé, et ce, le plus publiquement de tout son ministère, un acte symbolique évoquant l’adoration des nations. Il a épuré le temple du mercantilisme religieux qui constituait un obstacle dissuadant les nations de s’approcher de Dieu. Il a cité Ésaïe 56. 7, « ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. » Les chefs religieux qui l’écoutaient ont dû immédiatement se rappeler le reste du passage cité par Jésus et tiré d’Ésaïe 56.6-7. Jésus avait l’intention de leur rappeler ledit passage en entier :
« Et les étrangers qui s’attacheront à l’Eternel pour le servir, Pour aimer le nom de l’Eternel… Je les amènerai sur ma montagne sainte, Et je les réjouirai dans ma maison de prière ; Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel ; Car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. »
Juste avant de mourir, Jésus a indiqué le but de sa vie et le but de sa mort prochaine (Jean 12.24-32). Il a ouvertement considéré la possibilité de demander au Père de le sauver de la mort : « Et que dirai-je ? … Père, délivre-moi de cette coupe ! » Mais au lieu de demander à y échapper, il dit : « mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. »
Quel était ce but ? Ce but transparait dans le cri de son cœur à la phrase suivante. Celle-ci traduit la prière de sa mort et de sa vie : « Père ! Glorifie ton nom ! » Alors, au grand étonnement de ceux qui l’entouraient, Dieu le Père lui-même répondit à Jésus du ciel : « je l’ai glorifié (mon nom), et je le glorifierai encore. » Cette réponse de Dieu tonne encore depuis les cieux, si vous pouvez l’entendre. C’est la réponse de Dieu à quiconque confie sa vie au Père pour la plus grande gloire de son Nom. Jésus a dit que cette réponse ne lui était pas destinée, mais qu’elle était pour ses disciples qui se trouveraient à de pareils moments de choix décisif de le suivre (12.30) en vue de l’accomplissement du dessein éternel de Dieu. Comment la mort de Jésus glorifierait-elle le nom de Dieu ? « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (12.32).
Un ministère d’une gloire exceptionnelle avec Paul
Pour Paul, le but de sa vie était de travailler à poursuivre l’accomplissement du dessein éternel de Dieu, en suscitant une grande moisson mondiale d’adorateurs de toutes les nations amenés à l’obéissance à Dieu. Son énoncé de mission est décliné le plus précisément en ces termes : « conduire en son nom des hommes de toutes les nations à l’obéissance de la foi » (Rom 1.5, S21, morceau choisi de l’auteur). Paul considérait que le monde entier était divisé en deux catégories : l’une où Christ était « nommé » et l’autre où Christ n’était pas encore nommé. Paul s’était résolument donné comme priorité d’employer ses efforts à œuvrer là où Christ n’avait pas encore été nommé (Rom 15:20). L’on peut voir la double dimension de la gloire de Dieu dans la mission de Paul. D’une part, il a travaillé pour glorifier Dieu en révélant le Christ aux nations, afin que Christ soit ‘nommé’. Mais sa plus grande motivation, son plus grand sujet de gloire, venait de ce que les nations apporteraient à Dieu en réponse à cette œuvre : « …à cause de la grâce qui m’a été donnée par Dieu, pour que je sois ministre du Christ Jésus envers les nations, exerçant la sacrificature dans l’évangile de Dieu, afin que l’offrande des nations soit agréable, étant sanctifiée par l’Esprit Saint. J’ai donc de quoi me glorifier dans le Christ Jésus, dans les choses qui concernent Dieu. » (Rom 15.15-17, Darby).
L’ambition ardente de Paul pour « prêcher l’évangile » découlait de la mission beaucoup plus fondamentale qu’il avait reçue de Dieu (ou selon ses termes, la « grâce qui [lui] a été donnée ») d’exercer « la sacrificature » de l’évangile. Cette image est choisie à dessein. Paul se voit en effet devant Dieu, servant les nations comme s’il était prêtre, les instruisant et les conduisant à Dieu, les aidant à apporter la gloire de leurs nations respective à Dieu pour son plaisir. Le travail de Paul n’était de changer ni les sociétés ni les cultures. L’Esprit de Dieu était à l’œuvre pour transformer et sanctifier l’offrande la plus raffinée de la gloire des peuples.
Paul a payé un prix élevé pour travailler à l’accomplissement de l’excellente vision qui le motivait. Il savait que cela valait la peine de travailler pour et d’espérer en l’accomplissement de cette vision. « D’une seule voix » des croyants d’origines diverses, juifs et non-juifs, faibles et forts, glorifieront ensemble « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Rom 15, 6).
Une répétition générale pour la gloire éternelle
À la fin de l’histoire, nous nous émerveillerons de contempler la plénitude de l’accomplissement de l’amour de Dieu. Son amour aura triomphé, en gagnant la fervente dévotion de tous les peuples. Jésus aura pleinement accompli la promesse qu’il a faite à son Père : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux… » (Jean 17.26).
Au-delà de l’histoire, nous aurons constaté qu’au fil des générations, l’adoration des différentes nations n’aura été qu’une répétition générale en préparation à une histoire d’amour et de gloire encore plus grande, à laquelle participera toujours la gloire sublimée de tous les peuples.
Le ciel remplira la terre : « Voici la Tente de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux ; ils seront ses peuples et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu. » (Apoc 21.3, Semeur)
Les peuples existeront éternellement. La ville qui est le paradis sur terre sera ornée par les rois des peuples apportant continuellement le trésor et le fruit des peuples au trône de Dieu (Apoc 21. 22-26). Nous le servirons, émerveillés et honorés de porter sur nos visages son nom. Et contemplant son visage, nous le servirons tels des prêtres bien-aimés (Apoc 22.1-5).
Pourquoi un monde évangélisé ?
Jusqu’à présent, nous avons crié : « Que la terre entende sa voix ! » Alors, ne cessons jamais de proclamer sa Parole à toute créature. Mais bientôt viendra le jour où, tout compte fait, la terre aura entendu. Que se passera-t-il ensuite ?
Il y a un autre cri, beaucoup plus ancien. C’est le cri de la destinée terrestre. Il doit être élevé aujourd’hui plus que jamais : « Que les peuples te louent, ô Dieu ! » (Ps 67.3-5, Semeur). En ce moment déjà, nous entendons de plus en plus de nations élever une louange grandissante au Seigneur. A présent, orientons donc nos désirs les plus ardents et nos plans les plus audacieux vers cette splendide vision du meilleur sanctifié de la société de tous les peuples épris d’amour pour Dieu. Quel magnifique espoir !
Traduit de l’anglais « The Story of His Glory ». Auteur : Steven C. Hawthorne. Utilisé avec autorisation. Copyright 2001 Campus Crusade for Christ, Inc. Tous droits réservés. Il est permis de copier cet article uniquement pour utilisation dans le cadre d’un ministère personnel, sans y apporter quelque modification. La revente de ce document à toute fin commerciale est strictement interdite. Publié par WSN Press, 100 Lake Hart Drive — 2500, Orlando, 32 832 FL.
Note pour la traduction française : les versets bibliques cités dans cet article sont, sauf mention contraire, tirés de la version Louis Segond 1910